La vitesse de votre site : ce que Google mesure, et ce qui vous ralentit

Un site lent ne se plaint pas : il perd ses visiteurs en silence, souvent sur un téléphone, souvent avant même d'avoir montré ce que vous faites. Google mesure cette lenteur avec trois indicateurs aux noms barbares, que nous traduisons ici en langage clair. Vous saurez ce qu'ils disent, comment les lire sur votre propre site, et ce qui mérite vraiment d'être corrigé.

Par Tony Alastrue 11 min de lecture

7 chapitres3 maquettes animées

L'essentiel
  • Google juge trois choses : l'affichage du plus grand élément (LCP), la réaction aux gestes (INP) et la stabilité de la page (CLS).
  • Seules les visites réelles comptent pour l'évaluation ; la note sur cent du laboratoire sert à travailler, pas à se juger.
  • La vitesse est un signal parmi d'autres : elle aide une page utile, elle ne remplace jamais un contenu pertinent.

Pourquoi la vitesse compte

La plupart de vos visiteurs ne découvrent pas votre site assis devant un grand écran, sur la fibre du bureau. Ils le découvrent sur un téléphone, dans la rue, dans une file d'attente, avec une connexion qui va et vient. Dans ces conditions, chaque élément lourd se paie : une photo trop grande, un script de plus, une police qui tarde. Le visiteur ne sait pas pourquoi la page traîne ; il sait seulement qu'elle traîne, et il revient en arrière pour choisir le résultat suivant.

La lenteur a aussi un coût moins visible : elle abîme l'impression que vous laissez. Une page qui saute au moment où l'on veut toucher un bouton, un menu qui ne répond pas, une image qui arrive après le texte, tout cela dit au visiteur que la maison n'est pas tenue. Ce sont des détails, mais c'est sur des détails que l'on juge un artisan, un cabinet ou une boutique avant de pousser leur porte. Google, de son côté, a choisi de mesurer précisément ces détails, et d'en tenir compte parmi d'autres signaux.

Les trois mesures de Google, en clair

Google regroupe ces mesures sous le nom de Core Web Vitals, que la Google Search Console, en français, appelle « signaux Web essentiels ». Il y en a trois, et chacune répond à une question simple que se pose, sans le savoir, chaque visiteur : est-ce que ça s'affiche, est-ce que ça réagit, est-ce que ça tient en place ? Les sigles anglais sont un peu rébarbatifs, mais les idées qu'ils recouvrent sont de bon sens. Voici ce que chacun observe.

LCP : est-ce que ça s'affiche ?

Le LCP (Largest Contentful Paint) mesure le temps qu'il faut pour afficher le plus grand élément visible à l'écran à l'ouverture de la page. Sur la plupart des sites, c'est la grande photo du haut, ou le titre principal quand il n'y a pas d'image. Le choix de cet élément n'est pas un hasard : c'est lui qui donne au visiteur le sentiment que la page est là. Un texte qui s'affiche vite sous une image qui n'arrive pas donne une page à moitié chargée, et c'est ce moment-là que le LCP capte.

Fig. 1 Le LCP note l'instant où le plus grand élément visible, souvent l'image d'accueil, finit de s'afficher. Sous 2,5 secondes, Google le juge bon ; au-delà de 4, mauvais.

INP : est-ce que ça réagit ?

L'INP (Interaction to Next Paint) mesure la réactivité. Chaque fois que le visiteur touche un bouton, ouvre un menu ou tape dans un champ, la page doit montrer qu'elle a compris : l'INP chronomètre le temps qui sépare ce geste de l'image suivante affichée à l'écran. Il retient l'une des réactions les plus lentes de la visite, pas la meilleure. Cette mesure a remplacé en mars 2024 une ancienne, le FID, qui ne regardait que le tout premier geste et laissait passer les pages qui se figent ensuite.

CLS : est-ce que ça tient en place ?

Le CLS (Cumulative Layout Shift) mesure la stabilité visuelle. Il observe les déplacements inattendus du contenu pendant la visite : un paragraphe qui descend parce qu'une bannière s'est glissée au-dessus, un bouton qui glisse au moment où le doigt arrive. Ce n'est pas une durée mais un score sans unité, d'autant plus élevé que les sauts sont grands. C'est l'indicateur le plus concret des trois : tout le monde a déjà touché le mauvais lien parce que la page a bougé au dernier instant.

Fig. 2 Le CLS mesure ces sauts de contenu. Réserver la place des images, des bannières et des encarts avant qu'ils n'arrivent suffit le plus souvent à les supprimer.

Les seuils à viser

Pour chacune de ces mesures, Google publie des seuils qui classent une page en trois zones : bonne, à améliorer, mauvaise. Pour le LCP, la page est jugée bonne si le plus grand élément s'affiche en 2,5 secondes au plus, et mauvaise au-delà de 4 secondes. Pour l'INP, la limite du bon est de 200 millisecondes (un cinquième de seconde), et le mauvais commence au-delà de 500 millisecondes. Pour le CLS, un score de 0,1 au plus est bon, et tout ce qui dépasse 0,25 est mauvais.

Fig. 3 Les trois signaux web essentiels et leurs seuils, tels que Google les publie. Les valeurs affichées sont des exemples ; Google juge le 75e centile des visites réelles, sur mobile et sur ordinateur séparément.

Ces seuils ne s'appliquent pas à la moyenne des visites, et c'est un point que l'on oublie souvent. Google retient la valeur sous laquelle se trouvent les trois quarts des visites, ce que les statisticiens appellent le 75e centile. Autrement dit, pour qu'une page soit jugée bonne, il faut qu'au moins trois visites sur quatre soient dans la zone verte. L'évaluation se fait en outre séparément sur mobile et sur ordinateur : un site peut être excellent au bureau et médiocre dans la poche de vos clients.

Mesurer votre propre site

Il existe deux sortes de mesures, et les confondre est la première source de malentendus. Les données de terrain viennent de vrais visiteurs : Google les rassemble dans le rapport d'expérience utilisateur de Chrome (CrUX), à partir des visites faites avec ce navigateur. Les données de laboratoire viennent d'une simulation : l'outil Lighthouse charge votre page sur un téléphone et une connexion volontairement modestes, puis calcule une note sur cent. Les premières disent ce que vivent vos clients ; les secondes disent pourquoi, et servent à travailler.

L'outil le plus simple pour voir les deux est PageSpeed Insights, gratuit, édité par Google. En haut, il affiche l'évaluation des signaux Web essentiels sur les visites réelles, quand il en a assez ; dessous, le diagnostic de laboratoire et sa note. La Google Search Console, que tout propriétaire de site devrait avoir ouverte, propose aussi un rapport « Signaux Web essentiels » qui classe vos pages par groupes. Un petit site, ou une page peu visitée, peut ne pas avoir assez de visites pour des données de terrain : l'outil le dit alors franchement, et il faut se contenter du laboratoire.

  1. Choisir les bonnes pages

    Mesurez l'accueil, mais aussi les deux ou trois pages qui comptent le plus : une page de service, une fiche produit, la page de contact. Elles n'ont pas toujours les mêmes défauts.

  2. Commencer par le mobile

    Dans PageSpeed Insights, restez d'abord sur l'onglet mobile : c'est souvent là que se trouvent vos clients, et là que les défauts se voient le mieux.

  3. Lire le terrain avant la note

    Regardez si les visites réelles passent l'évaluation avant de vous inquiéter du chiffre sur cent. Une note moyenne avec un terrain au vert vaut mieux que l'inverse.

  4. Repérer l'élément en cause

    Le diagnostic de laboratoire désigne en général l'élément retenu pour le LCP et les ressources les plus lourdes. Notez-les : ce sont vos premières pistes.

  5. Mesurer plusieurs fois

    Une mesure de laboratoire varie d'un passage à l'autre. Lancez-la deux ou trois fois avant de conclure, et comparez toujours dans les mêmes conditions.

Ce qui ralentit le site d'une petite entreprise

Sur les sites de commerçants, de cabinets ou d'artisans que nous examinons, les causes de lenteur se ressemblent beaucoup. Elles tiennent rarement à un défaut profond, et presque toujours à une accumulation : un outil ajouté ici, une photo envoyée telle quelle là, un thème qui embarque une foule de fonctions pour en utiliser quelques-unes. Chacun de ces ajouts paraît anodin ; leur somme ne l'est pas. Voici les plus fréquentes.

  • Des images trop lourdes, envoyées telles qu'elles sortent de l'appareil photo, dans des formats anciens, alors que les formats WebP et AVIF sont en général bien plus légers à qualité égale.
  • Des images sans dimensions déclarées (les attributs width et height) : le navigateur ne sait pas quelle place leur garder, et le texte saute quand elles arrivent.
  • Des polices web lourdes, chargées en entier et en plusieurs graisses, pour quelques titres.
  • Des scripts tiers : fenêtre de discussion en ligne, carte intégrée, pixels publicitaires, mesure d'audience. Chacun est utile, mais chacun s'exécute sur le téléphone de votre visiteur.
  • Des carrousels, et des thèmes ou constructeurs de sites chargés de code inutile, qui alourdissent toutes les pages, même celles qui n'en ont pas besoin.
  • Des bandeaux et des publicités insérés sans place réservée, qui poussent le contenu vers le bas au moment où le visiteur lit ou touche.
  • Trop de JavaScript à exécuter d'un coup : tant que le navigateur est occupé, il ne peut pas répondre aux gestes, et l'INP se dégrade.

Ce que nous faisons pour accélérer un site

Accélérer un site est rarement une affaire de magie ; c'est une affaire de discipline, appliquée dès la conception plutôt qu'après coup. Sur les sites que nous construisons, chaque image est livrée en WebP, aux dimensions où elle sera affichée, avec sa largeur et sa hauteur déclarées. Les polices sont hébergées avec le site, et non chez un tiers, et découpées en tranches : le navigateur ne télécharge que celles qui servent à la page. Les scripts qui ne sont pas indispensables au premier affichage sont différés, et aucun script de mesure d'audience n'est chargé avant que le visiteur y ait consenti.

Nous réservons aussi la place de chaque élément avant qu'il n'arrive : une image, un encadré, une fenêtre ont leur emplacement prévu dans la mise en page, et rien ne vient bousculer le texte que l'on est en train de lire. Les Japonais appellent ma cet espace laissé à dessein ; en matière de vitesse, c'est lui qui protège le CLS. Ce travail fait partie de ce que nous entendons par création web : un beau site qui se charge mal n'est pas un site fini.

Notre propre site, mesuré sans complaisance

Nous avons appliqué la même rigueur à notre propre maison, et la mesure nous a d'abord donné tort. La note mobile de PageSpeed Insights de notre site a été relevée à 32. La cause principale était une pièce de céramique en 3D, superbe sur ordinateur mais coûteuse à calculer sur un téléphone : sur les petits écrans, c'est désormais une image de la même pièce qui s'affiche d'abord. Nous avons ensuite constaté que les polices japonaises du site étaient demandées avant le premier affichage, et nous les avons différées. La note est montée vers 96 en mesure de laboratoire : cela ne promet rien pour un autre site, mais montre que deux décisions bien ciblées valent mieux qu'une multitude de retouches.

Ce que la vitesse ne fera pas

Il faut le dire honnêtement : la vitesse n'est pas une baguette magique pour le référencement. Google présente l'expérience de page, dont font partie les signaux Web essentiels, comme un signal parmi d'autres, et précise qu'un contenu plus pertinent peut passer devant une page plus rapide. Un site très rapide qui ne répond pas à la question du visiteur restera derrière un site plus lent qui y répond bien. La vitesse départage surtout des pages de qualité comparable, et retient les visiteurs que le contenu a su attirer.

Cela invite à garder le sens des proportions. Courir après une note de 100 en laboratoire, au prix d'un site appauvri, n'a pas de sens ; viser le vert sur les visites réelles, en gardant ce qui fait votre singularité, en a beaucoup. Avant d'accélérer une page, assurez-vous qu'elle dit clairement ce que vous faites, pour qui et où : c'est l'objet de notre article sur le titre, la description et le H1, et le cœur du référencement. Et si vous préparez un nouveau site, profitez-en pour poser ces bases dès le départ sans perdre ce que l'ancien avait gagné, comme nous l'expliquons dans refondre son site sans perdre son référencement.

Un site rapide ne remplace pas une page utile ; il évite seulement qu'elle perde ses lecteurs en route.

Cette semaine

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Cochez au fil de l'eau : rien n'est enregistré, c'est un pense-bête.

L'auteur Tony Alastrue Fondateur et directeur

Fondateur et directeur de Digital Air Media, maison de création digitale ouverte à Paris en 2017. Il écrit ici ce que la maison applique à ses propres pages avant de le proposer à d'autres.

空

Commencez par un audit offert

Laissez-nous votre site et un mot sur votre projet. Un directeur l'étudie et vous répond personnellement sous vingt-quatre heures : ce qui freine vos visiteurs, ce que nous ferions, et si votre maison peut entrer chez nous. C'est la première porte de l'admission, et elle ne vous engage à rien.

Réserver un appel de 15 min

Vous préférez tout nous présenter en détail ? Ouvrir le dossier d'admission